Midtown Antoinette

Quand tu liras cette lettre, je serai loin.

Ne sois pas triste et suis ma dernière volonté.

 

A l’heure où le ciel de Midtown

Torché de pourpre s’enflammera

Va au coin de la 5eme avenue et de la 55e rue

Prends l’ascenseur jusqu’au toit

Bois une coupe de Pipi des Anges

Et là, loin des regards

Au dessus du balcon

Disperse mes cendres dans les airs

Sur les taxis abeilles

Qui butinent de South Park à Ferragamo.

Disperse mes cendres demain

 A l’heure où swingue le petit orchestre

Du “54 Below.”

 

J’ai dépensé tout mon argent

En vêtements, jeux, rouges à lèvres

Et petits déjeuners au caviar béluga

Nue sous ma fourrure au Met opéra.

 

J’ai fait des siestes à la belle étoile

Sur le Verrazano bridge,

Baisant les taureaux de Wall Street,

Ebauchant La Liberté

Sur le Ferry d’un rêve brumeux.

 

J’ai marché d’est en ouest

Frôlant le vent d’hiver

Dans le long tunnel de l’avenue Broadway

Mes talons étaient cassés,

Mes mains gelées mais la vie précieuse.

 

Je suis Midtown Antoinette

Ça ne se traduit pas

Je prends les choses à la légère.

Je ne ferai pas partie de l’Histoire

Mon âme perdue divague dans Hell’s kitchen.

 

Quand tu liras cette lettre

Je serai loin

Ne sois pas triste et suis ma dernière volonté.

Disperse mes cendres dans les airs

Sur les taxis abeilles

Qui butinent de South Park à Ferragamo.

©2015