L'Oiseau-Mot

J’avais recueilli un mot comme un oiseau blessé. Dans ma main il respirait à peine.

De peur de l’étouffer avec mes doigts d’écrivain maladroits, je le laissais aller dans les airs,

Mais l’air ne fait pas la chanson et l’oisillon peinait, il voulait me revenir.

 

“ Pars, ” lui dis-je, ta vie avec moi ne serait que cage et grillage, marges et pages.

Va dans les cieux, va voir Dieu, lui qui est si haut, lui qui est si beau

Ici tout n’est qu’angoisse du lendemain, doigts rongés de l’écrivain. ”

 

L’oiseau-mot hésitait à partir de peur de me laisser mourir.

Il était le dernier à rester dans la page, dans la cage. Tous s’étaient échappés.

Il était le dernier. C’était le mot PITIE.

© 1995